Pâques
PÂQUES…
Texte tiré du recueil 1 du Père Boeuf – Curé de La Roche-Saint-Secret
Quelle est cette maison où tu entres ce soir,
sans frapper aux volets, sans toucher le heurtoir,
sans briser les verrous, sans appeler personne ?
C’est la maison de tes amis ! On y frissonne,
enfermé dans la peur, désespéré, honteux
d’avoir vu le MESSIE « élevé » comme un gueux,
victime sur la croix d’un misérable sort,
sous les coups de Satan, périr de malemort.
Mais c’est le soir du Jour, du Grand Jour de la fête
où la Mort est vaincue et la peur est défaite,
où tu rejoins les tiens et leur portes la paix,
à preuve ta venue et ta vie désormais
tout « autres » que jadis et pourtant véritables
dans une apparition pour eux incontestable.
Alors cette maison n’est plus le noir tombeau
de leurs rêves déçus. Maintenant tout est beau
puisque tu es entré et qu’ils t’ont reconnu.
Là se fonde leur foi : LE CHRIST est revenu !
Ils l’ont vu, c’est certain ! Ils le diront partout.
On les flagellera, on les tiendra pour fous !
Mais le corps peut mourir, on ne peut tuer l’âme.
La foi est ce diamant que nul ciseau n’entame.
Le plus riche palais, la plus humble chaumière,
tous peuvent l’accueillir, joyeux de sa Lumière.
Aujourd’hui, il est vrai que tu ne nous viens plus
qu’en frappant aux volets comme un pauvre confus,
que tu attends un peu et parfois longuement,
si, les verrous tirés, nulle oreille n’entend.
La foi est ce diamant qui se laisse trouver
si le Christ peut entrer nous aider à chercher…
Qu’il y en a de ces verrous ! Et bien tirés !
Gros verrous de prison ou bien sophistiqués,
plaqués contre la porte ainsi qu’un chien de garde.
Ils remplacent le suisse avec sa hallebarde.
Comment entreras-tu si pour barrer la porte,
tu trouves devant toi l’Orgueil et son escorte,
ce grand et dur Monsieur qui discute de tout,
ou la Dame Avarice engluée de gros sous,
la luxure aguichante aux yeux fornicateurs,
la colère qui sort de ses gonds sans douceur ?
Et tu sais bien comment entre elles rivalisent
la Paresse et l’Envie avec la Gourmandise
pour… oublier d’ouvrir… Alors, qu’est devenu
ton merveilleux pouvoir de venir impromptu ?
Pourquoi toujours attendre, une main sur la porte ?
Je crois que ta Puissance est encore plus forte
puisque· tu veux de nous qu’en toute liberté
nous T’appelions enfin comme notre INVITÉ,
quand nous T’aurons connu du fond de nos prisons.
Quelle est cette maison ? Quelles sont ces maisons ?
Seigneur, c’est ton secret.
Avril 1980