Appelés à nous dépasser
 

"La loi du plus fort est toujours la meilleure" : ainsi le veut ce dicton célèbre, qui fait que, plus on est nombreux à penser qu’une chose est bonne, plus cette chose a tendance à devenir la norme. C’est pourquoi le "hors norme" devient la norme, et donc devient chose banale. Les exemples foisonnent : la famille recomposée apparaît comme le remède-miracle à tous les conflits conjugaux ; l’avortement n’est plus qu’un moyen parmi d’autres pour maîtriser la procréation ; l’euthanasie se targue de compassion en prétendant faire de "l’assistance au suicide" ; le divorce est devenu une telle banalité qu’il transforme la fidélité en pièce de musée. Et l’on pourrait ainsi multiplier les exemples de choses qui nous paraissaient étranges et "hors norme" il y a quelques décennies et qui aujourd’hui paraissent "normales" aux yeux de beaucoup de monde. Même la réalité du monde, avec ses violences, ses guerres, ses catastrophes, exposée devant nous par le télé journal quotidien, nous est devenue quasiment "normale" : ingurgiter notre ration journalière d’horreurs nous donnent l’impression d’être "in" et dans la norme. Après tout, nous sommes comme tout le monde, et c’est bien ainsi. Mais si nous abordons ce phénomène sous l’angle chrétien, est-ce encore si bien que cela ?

Car l’aborder sous l’angle chrétien, c’est l’aborder sous le regard du Christ qui nous invite à transformer le "normal" en "hors norme". Son appel à « aimer comme il nous a aimés » ne veut pas dire autre chose : avec lui il faut pardonner (aller au-delà du don), il faut « aimer même nos ennemis », il faut « tendre la joue gauche à qui nous a frappés sur la droite ». Avec le Christ, l’amour est "hors norme" ou il n’est pas, et c’est pourquoi Jésus donne sa vie jusqu’au bout, comme vient de nous le rappeler la fête de Pâques. Avec le Christ, l’amour n’est jamais banalisé : il est toujours un acte de courage qui grandit l’homme et l’amène vers des sommets.
Rien à voir avec le fait de vouloir être comme tout le monde pour être "normal" !

Ce que l’abbé Maurice ZUNDEL traduisait en ces termes : "Il est dans la nature de l’homme de dépasser sa nature… (L’homme a une) mission à remplir… celle d’entrer à fond dans le respect de l’homme et de l’univers, en apprenant lui-même à se dépasser" (extrait d’une homélie "Croyez-vous en l’homme ?"). Se dépasser pour être à l’image de Dieu : n’est-ce pas un très beau souhait de temps pascal ?

Pierre Pythoud msc






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